Réflexion sur la ferrure : casse-tête et casse-pied ?

Réflexion sur la ferrure : casse-tête et casse-pied ?

Hello cher(-ère)s cavalier (-ère)s,

Aaaah, la ferrure ! Question qui partage et divise.

Comme les vôtres probablement, mes convictions personnelles sont simples : le cheval se débrouille bien tout seul. Son corps est bien adapté. La Nature est généralement bien faite.

MAIS… car il y a un MAIS…

Dans la Nature, le cheval s’impose rarement des courses d’endurance et des entraînements.

Je parle ici spécifiquement de l’endurance, car c’est notre discipline. Si on faisait du CSO ou du dressage, cela modifierait certains points de mon raisonnement ci-dessous.

Je doute qu’un cheval se réveille un matin en se disant :
« ah, tiens, je vais me faire une petite course de 60 km avant le déjeuner, et je vais le faire à 15 km/h, ça va me décrasser ». 🐎
😅🤣

C’est donc à cause de nous, cavalier, que l’équilibre se rompt. Comment faire pour remettre de l’équilibre ?

Cet article vous présente mon ressenti, sur la difficulté de trouver la gestion des pieds la meilleure : celle qui protège le cheval, qui respecte le mieux sa locomotion, qui est en accord avec les valeurs du cavalier, et qui est viable économiquement, techniquement…

Parcours du combattant silencieux, d’un cavalier qui a décidé de se jeter à l’eau.

Mais aussi, bonne idée de business à la fin de l’article : qui veut se lancer ?

Quelles sont les solutions possibles ?

1️⃣ Renoncer.

Puisque le déséquilibre vient de l’exercice, renoncer à l’exercice est effectivement une solution.

De cheval de sport, Cantad redeviendrait un cheval de loisir, voire un cheval de pâture.

Mais là, on rentre dans la question philosophique du cheval vs la pratique de l’équitation. Et ma façon de pratiquer l’équitation, à moi, c’est de la vivre en tant que sport, à pratiquer en duo.

Et tant que Cantad sera content sur une ligne de départ, (et d’arrivée !) je continuerai à l’y emmener.

2️⃣ Protéger.

La protection du pied s’impose, par conséquent.

Pour certains chevaux, la qualité de leur corne et la nature « bienveillante » des terrains feront qu’ils se passeront de l’intervention humaine. Tout au moins, jusqu’à un certain niveau de sollicitation.

Certains arrivent à pratiquer des courses d’endurance à haut niveau avec des chevaux pieds nus. C’est possible. Moi ça me fait rêver.

Mais cette personne (en photo ci-dessous) explique aussi tous les freins, toute l’énergie qu’elle a dépensé, et la solitude qu’elle a rencontrée.

crédit : podologie équine libre

Clairement, le niveau de sollicitation pour Cantad est arrivé assez vite. En gros, en dehors de l’herbe, il faut que je lui protège les pieds. La qualité de sa corne n’est pas au rendez-vous.

Car oui, même dans la Nature, il y a des cailloux. Surtout dans la Nature en fait.

Solution 1 : Le temps

Vous me direz : « donne du temps à ton cheval. Si tu l’exposes régulièrement, raisonnablement, progressivement, son corps va s’adapter et se renforcer ».

Est-ce que Cantad aura des meilleurs pieds si on y va avec parcimonie ?

Très probablement.

Est-ce que je suis prête à y consacrer 1 an ? 2 ans ? ou plus longtemps ? sans vraie garantie de résultat ?

Non. Pas vraiment.

J’ai essayé sans, ça n’a pas marché longtemps (littéralement). Lors de notre déménagement, nous avons quitté les chemins doux et herbeux du Nord de la France pour les sentiers secs et rocailleux du Sud.

Le 1er mois de balade au pas s’est plutôt bien passé. Nous étions lents, on découvrait les chemins, mais ça allait. Et puis, un jour, j’ai eu l’envie de trotter. Le chemin me paraissait ok. Il y avait bien quelques cailloux, mais rien d’effrayant.

Et tous les autres chevaux trottaient sans souci à cet endroit.

Sauf que Cantad est rentré boiteux. Bleime. 2 semaines d’arrêt, et protection du pied à renforcer.

Ok j’aurai pu attendre encore plus longtemps avant de trotter. 1 mois c’est un délai court pour de l’adaptation. Mais bon, c’est maintenant que j’ai envie de profiter de mon cheval et de l’endurance. Qui sait ce qui peut se passer d’ici 1 an ?

Solution 2 : l’intervention humaine

La ferrure « classique »

Encensée, décriée, mal aimée, incontournable … la relation avec la maréchalerie est aussi longue que complexe.

maréchal ferrant au boulot. crédit : pixabay

Le métal sous les pieds des chevaux : on est d’accord, personne n’aurait l’idée de marcher avec des semelles métalliques.
Quand il nous arrive d’enfiler des chaussures de ski, nos démarches manquent d’amorti, de souplesse, et de finesse.

Mais alors, comment on en est arrivé là ? pourquoi cette ferrure existe-t-elle ?

Parce que c’est aussi un bon compromis, et parce que c’est la solution la plus simple, la moins prise de tête, la plus facile.

Elle protège malgré tout. Au temps où le plastique n’existait pas, le fer était un matériau pratique.

Et c’est une technologie abordable grâce à l’industrie métallurgique et la présence de nombreux maréchaux-ferrants.

Abordable au sens financier, et abordable au sens géographique.

Les 1ers prix pour les fers sont aux alentours de 2 euros. Ils durent généralement longtemps (6 semaines pour nous, avec notre niveau d’usure, mais parfois plus)

Les différents métaux offrent aussi différentes propriétés : légers, plus ou moins souples (oui, les métaux aussi peuvent être plus ou moins rigides)… sans compter que l’on peut les travailler pour les adapter aux formes exactes des pieds de nos chevaux.

Chauffer et marteler : la possibilité de les adapter EXACTEMENT au pied du cheval.
crédit : pixabay

Et généralement, on trouve toujours un maréchal qui veut bien venir dans les écuries. Les plus reculées et certains particuliers isolés ont un peu de mal, mais ils en trouvent.

Quand on sait que le maréchal doit passer toutes les 6 semaines (pour nous), ça fait une sacré dépense sur l’année. Et dans sa version la plus basique, le ferrage « classique » est la solution la plus économique.

Et les résultats ont été là extrêmement rapidement : à partir du moment où j’ai ferré, Cantad passait de nouveau partout sans problèmes, et sans blessure. On a profité de l’extérieur de nouveau.

Alors, elle n’a pas que des mauvais côtés, cette ferrure.

Les courses : des souvenirs possibles, notamment grâce à la ferrure !
crédit : photo-sourire

Parlons un peu coût :

Au départ : parage 35 euros

Evolution 1 : ferrure antérieurs rolling => 55 euros

Evolution 2 : Antérieurs : ferrure rolling + plaques + silicone + pointes tungstène / Postérieurs : classique => 166 euros

En regardant la facture de plus près, je me rends compte que j’ai 98,50 euros de ferrure « brute », le reste est la « main d’oeuvre/ prestation » du maréchal.

98,50 euros de ferrure, tout compris. Voilà mon budget pour trouver autre chose pour Cantad

Pour 98,50 euros toutes les 6 semaines, ça me fait une belle somme. Comment dépenser cet argent autrement, pour tenter de trouver une solution plus sympa pour Cantad ?

Les hipposandales

La Tevis Cup aux USA : l’une des courses d’endurance les plus difficiles au monde ! Et souvent courue par des chevaux en hipposandales, populaires aux Etats Unis.
crédit : Renegade Hoof Boots


L’idée de protéger son cheval au besoin est séduisante. Il pourrait lui aussi enfiler ses baskets uniquement à bon escient. C’est l’idée qui me plaît le plus.

Comme des baskets, les hipposandales doivent être ajustées. Trop petites, elles vont comprimer et faire mal. Trop larges, elles vont flotter et faire mal.

Un peu chères à l’achat, elles seraient rentabilisées sur une année, si nous ne les changeons pas trop souvent. Ca demande un peu de trésorerie, mais pourquoi pas ?

Quelques freins :

Trouver la bonne chaussure reste une gageure.

Il y a beaucoup de modèles, et les experts sont encore peu nombreux. Il y a donc beaucoup de parties du territoire qui sont « hors de portée ».

Pour moi par exemple, c’est clairement mon frein. Oui, je connais le site SOS Sabot.

Mais je connais le rayon « Mors » de la sellerie du coin, et ça ne m’a pas empêché de demander à un expert de m’aider à trouver le bon mors. Alors que l’investissement financier n’était pas le même.

Le mors, je peux l’acheter sans l’aide de l’expert, MAIS je pouvais le ramener en plus, et changer si besoin. Je peux essayer et faire plusieurs séances avec. La sellerie le reprend généralement sans sourciller.

L’hipposandale, je la mets une fois, c’est mort, je ne peux pas la ramener. Je serai obligée de la brader en occasion, parce que je l’ai portée une fois.

Moi, ce que j’aimerai, c’est avoir un expert qui vient aux écuries, qui voit quels terrains on a, qui me fait essayer plusieurs modèles, qui m’indiquent ce qu’il faut regarder sur Cantad et pourquoi, compte tenu des contraintes de ma discipline, de mon cheval, et la nature des terrains.

Pas trouvé à ce jour, cet expert qui veut bien venir, au fin fond du Parc Régional Des Préalpes d’Azur, nous faire essayer plein de modèles, SANS ME RUINER NON PLUS.

Le cavalier doit être capable de régler l’hipposandale.

On est d’accord : je peux certainement y arriver.

Encore faut-il qu’on m’explique comment régler, et qu’on me montre surtout, à quoi faire attention.

Je sais : il y a des tutoriels sur Youtube, mais parfois, avoir un expert est tellement plus simple. 🙃

L’entretien du pied du cheval est plus fréquent.

Il n’est pas rare de devoir mettre quelques coups de râpe toutes les semaines ou presque pour certains chevaux.

Car les hipposandales sont souvent ajustées, et la repousse du pied peut les rendre inadéquates.

Le cavalier a donc 2 options :
– il se forme au parage pour hipposandale, et s’équipe avec les bons outils,
– il appelle un pareur toutes les semaines.

Généralement, les cavaliers ayant des hipposandales choisissent d’entretenir les pieds de leurs chevaux eux-mêmes, et se forment au parage.

Et se former, ce n’est pas si simple non plus. Beaucoup se forme sur le tas. Sur ce domaine, ça me gêne un peu. Un coup de râpe en trop, c’est quand même la loose. J’aimais bien déléguer cette partie, et je ne me sens pas prête à l’assumer.

La pression sociale

Booster ou frein, elle dépend de celui qui la met. Pour nous en l’occurrence, dans notre écurie, c’est un frein. Les autres cavaliers n’étant pas spécialement convaincus, aller à leur encontre demande aussi de l’énergie, de la confiance en soi…

Et il faut être prêt à encaisser le « je te l’avais bien dit » en cas de soucis futurs. 🙄

Les « fers » collés

Ca, c’est l’un de mes rêves. Pas de clou à mettre dans le pied, et une semelle protectrice.

Un lancement en 2016 l’année dernière avait fait grand bruit : les Megasus Horserunners. J’attendais de pouvoir les acheter avec grande impatience !

crédit : Megasus Horserunner

Hélas, le projet s’est arrêté, presque du jour au lendemain. Vu le succès de leur campagne de levée de fond, je suis dubitative.

Bien sûr, d’autres marques proposent des chaussures collées : mais on en revient aux mêmes points bloquants que les hipposandales : trouver le bon modèle, trouver le maréchal qui nous accompagnera, et toujours, cette pression sociale contre le « nouveau ».

Les fers composites

Ce sera la solution pour nous. Il y a quelques jours, j’ai fait le 1er pas.

On profite du passage du maréchal pour prendre le profil des pieds de Cantad !

Cette technologie allie 2 pratiques :

  • une conception plus moderne de la locomotion du cheval, en utilisant des matériaux plus souples, qui épousent donc mieux les déformations naturelles du pied.
  • un entretien type maréchalerie. Avec ces fers, pour Cantad, on pourrait garder nos passages du maréchal toutes les 6 semaines. Je délègue toujours cette expertise là, et ça me va très bien comme ça.

c’est déjà plus en accord avec mes convictions personnelles : ce serait un bon compromis. Il y a toujours les clous dans le pied, mais ce sera déjà un progrès.

Le profil des pieds de Cantad, avec la taille/forme/couleur des Duplos pour notre 1er test

Niveau coût, je constate avec surprise que ça peut me faire économiser environ 30 euros par rapport à ma ferrure actuelle.

Economiser tout en améliorant le confort de Cantad, c’est clairement tout bénef.

En me renseignant, j’ai des retours positifs et négatifs. Mais tous m’ont fait la même réponse :

« on ne sait pas à l’avance, il faut essayer ».

voilà à quoi ressemblent les fers Duplo. crédit : duplo-frank.de

Pourquoi Duplo ? Ce n’est pas la seule marque, mais ils rentrent dans mon budget.

Ce sont des fers, qui semblent parfaits pour nous sur le papier :

  • une bonne accroche sur les cailloux,
  • une armature métallique recouverte de plastique : de quoi amortir et se déformer en suivant plus volontiers la mécanique naturelle du pied du cheval.
  • ça reste des fers, posés par le maréchal ferrant. Je délègue donc toujours le savoir-faire sur l’entretien du pied. Ca me va très bien comme ça.
  • Mon maréchal m’a aidée à trouver la bonne taille, la bonne forme, le bon modèle. Au moins, pour un 1er essai, je ne pars pas complètement à l’aveuglette.
  • j’économise 30 euros environ par ferrure, s’ils conviennent à Cantad.

Quelques points de vigilance :

  • A voir sur l’herbe : certains chevaux glissent. Ceci dit, les fers métalliques sur l’herbe, ça n’a pas spécialement une accroche de folie non plus.
  • Je teste des Duplos sans profils (= rainures comme pour les pneus). A changer si Cantad glisse.
  • ils sont un peu épais mais j’ai comparé à ce qu’on a actuellement : c’est identique à l’ensemble fers + plaques.
  • A voir si ces fers durent 6 semaines aussi.
  • les fers sont moins adaptables à la forme exacte du pied du cheval. Peu de retouches possibles. L’espace pour les clous est large : il faut trouver le maréchal qui saura poser correctement les Duplos.
  • je dois les commander moi-même. Si mon maréchal le fait, il n’a pas de tarif préférentiel et c’est donc plus économique de le faire moi-même. Ca me demande un peu de prévision/logistique.

Le mot de la fin :

C’est donc le 1er pas de cette aventure ferrure. Si ça ne va pas, on fera machine arrière, et si ça va… c’est moi qui pourrais dire « je te l’avais dit ! »

Ferrure ou Pieds-nus : au delà de cette question, j’ai voulu relater dans cet article à quel point ça pouvait être problématique/ casse-pied/ casse-tête d’allier ses convictions personnelles, ses connaissances sur la locomotion du cheval, à une solution viable (pour le cheval, pour le cavalier, pour le porte-monnaie).

Changer de la voie « traditionnelle » de la ferrure classique expose le cavalier à beaucoup de solitude et de débrouillardise. Espérons que les solutions alternatives à la ferrure standard se démocratisent. Les bit fitters, les saddle fitters ont vu le jour. A quand la démocratisation des « shoe fitters » ?

Espérons aussi que les maréchaux ferrants n’y voient pas la mort de leur métier, mais une évolution…

D’ailleurs, je pose ça là : mais en voilà une idée business ! Si quelqu’un a une âme d’entrepreneur, il pourrait lancer un réseau de « boots fitter », je participe au kick starter ! 😁

Et en attendant, la suite des aventures sur le changement de ferrure en Septembre, dans 6 semaines ! 😉

Angélique

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2 Replies to “Réflexion sur la ferrure : casse-tête et casse-pied ?”

    1. oui, j’avais envie de montrer que parfois, contrairement à l’adage populaire « on veut, mais on ne peut pas… » Il faut savoir s’adapter !

Répondre à Angélique, jentrainemoncheval Annuler la réponse

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